Carte blanche à Gulliver

Utopie 2 : des systèmes et des hommes

GULLIVER en Utopie

Chacun connaît la fable de l’Utopie qui tient l’Occident en haleine depuis cinq siècles et plus. Chacun peut méditer sur ses heures glorieuses et ses reculs, ses réussites et ses désastres. Au départ, on s’en souvient, l’utopie se confrontait à ses deux sens possibles : le lieu du bonheur, un lieu qui se situait nulle part. L’utopie apparaissait comme un modèle, une possibilité : moins un idéal de vie qu’une tournure de pensée. C’était une manière radicale d’imaginer que le monde soit différent, ou que l’histoire des hommes se déroule autrement. C’était le changement à portée de l’esprit, un ferment pour les rêves. L’utopie fonctionnait comme une machine à refonder l’avenir.
Un jour, pourtant, il fut tenté de transformer le rêve en expérience et l’affaire se compliqua. L’utopie perdit sa qualité d’injonction pour devenir un impératif. Le bonheur, après avoir été une simple possibilité, devint une nécessité, puis une obligation. Le rêve dut bientôt se payer comptant, généralement au prix fort.
En ce début du XXIème siècle, le dilemme n’est toujours pas réglé, et chacun doit mesurer à quelle part d’obligation il veut bien consentir en échange de ses rêves…

Pour voyager en Utopie, GULLIVER semble une bonne référence. Jonathan Swift n’a-t-il pas promu dans une même écriture la découverte de mondes heureux et la critique acide de leurs idéaux ?
Dans cette programmation "GULLIVER en Utopie", nous ne tentons pas de refaire le parcours complexe de la pensée utopique, fut-elle réduite à ses versants cinématographiques. Nous posons plutôt quelques jalons, quelques rappels – autant d’incitations à se divertir et penser. Voilà six films possibles, six moments choisis dans le spectre des utopies sociales et politiques, libertaires ou autoritaires, directives ou autogérées.
Ici, on passe facilement du rêve à l’aliénation, et du meilleur au pire. François Caillat nous raconte une fable écrite à Bataville par un patron thaumaturge, tandis que Pascal Kané dévoile un projet totalitaire conçu par un philosophe soucieux du genre humain ; Claudine Bories et Patrice Chagnard interrogent au présent l’utopie révolutionnaire, tandis que Guillaume Le Gouill se projette dans un avenir débarrassé de toute humanité ; Henry Colomer retrouve le rêve éphémère d’une Montagne de la vérité, tandis que Daniel Cling interroge les survivants d’une utopie vécue…

Découvrir ces quelques films permet aussi d’évoquer l’utopie qui leur est commune : l’utopie cinématographique qui porte le spectateur lorsqu’il lui est proposé de découvrir un film sur un écran. L’utopie du cinéma ne vaut-elle pas toutes les autres ? N’est-elle pas celle que nous pouvons revendiquer sans crainte ni retenue ?
« L’écran pouvait peut-être égaler nos rêves », écrit Robert Desnos en 1923. En partant d’une telle proposition, nous voulons réfléchir à la dimension de l’expérience cinématographique : cette utopie que chaque auteur imagine en son désert, ce mouvement qui projette sur l’écran un nouveau monde à visiter, cette aventure qui n’existe en nul autre lieu que la salle. Quand le rêve se fait image.
Le cinéma est-il le non-lieu du bonheur ?



Voir aussi en compétition Premier Geste :
Utopie 1 : rêve patronal et aliénation
Bienvenue à Bataville de François Caillat (2007)
Vendredi 2 novembre à 19H
Espace Jean Vilar - salle 1
 
La machine panoptique
Pascal Kane
(1979 - 17' - France)
Le philosophe anglais Jeremy Bentham imagine en 1786 un dispositif idéal, le "panoptique", pour surveiller les hommes et gouverner leur condition.
 
Et nos rêves (petite conversation entre amis)
Claudine Bories et Patrice Chagnard
(2007 - 84' - France)
Cinq amis, qui croyaient à la Révolution, s’interrogent sur leurs rêves passés, le rapport à la politique, les liens entre la vie et la réalité, le désir d’un monde nouveau.
 
I will survive
Guillaume Le Gouill
(2007 - 6' - France)
L’imagination prendra-t-elle un jour le pouvoir?
 
Monte Verita
Henry Colomer
(1997 - 51' - Audiovisuel Multimédia International Production, Arte France développement, Pathé Télévision, Périplus ltd - France)
Au début du XXème siècle, un groupe d’intellectuels et d’artistes choisit de vivre l’Utopie sur une colline suisse rebaptisée Montagne de la Vérité.
 
Heureux qui communiste
Daniel Cling
(2005 - 60' - France)
Etat des lieux d’un idéal transmis par une génération à une autre génération, née à un moment où tout semblait possible et où l’avenir était un fait acquis.