Carte blanche à Dérives

"En avril dernier, nous écrivions dans l’édito du premier numéro de Dérives que notre désir n’était pas seulement d’apporter un regard critique, esthétique, philosophique ou poétique sur le cinéma mais de faire entrer le cinéma dans la revue par son objet même, les films, et ceux qui les pensent, les fabriquent, les imaginent et les rendent aussi visibles que sensibles. Ainsi, proposer au lecteur de se faire spectateur et au spectateur de se faire lecteur, passer d’un rapport à l’autre, d’une écriture à une autre, dans un jeu de continuités et de lignes de partages constantes : pour creuser des sillons, s’empêcher d’arriver, dévier hors du domaine de définition du cinéma, dériver. Ce premier numéro trouvait son point d’ancrage dans l’œuvre du cinéaste Jean-Claude Rousseau. De là, la dérive nous mène vers les territoires de Fernand Deligny, Annick Bouleau, Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, Nicolas Rey, Julien Chigot, Catherine Bareau, le Collectif Gpilab (Carole Contant, Céline Pierre, Laurent Plagnol, Colas Ricard).

Dérives est éditée par l’association lyonnaise net4image. Fondée en 2001, elle était d’abord une coopérative audiovisuelle en ligne cherchant à faire connaître des films, des textes, des travaux sonores peu ou pas diffusés. Ainsi, l’administration du site internet derives.tv est partie intégrante du projet éditorial de Dérives. Celui-ci propose des articles, des films ou des expositions photographiques, parmi les quels les vues du monde. Trames d’espace-temps en un endroit du monde dont leur auteur nous donne des nouvelles, elles sont présentes dans la revue et sur le site. Pour le premier numéro, les regards de Christophe Clavert, Jérôme Dittmar, Jérémy Gravayat et Florence Pezon se sont respectivement posés sur Erfoud, Tokyo, la Cisjordanie et
Lisbonne. Sur le site, ceux d’Abel Kavanagh et David Yon se posent sur le lac Titicaca et Djelfa.

Le temps de présentation du projet Dérives que nous offre ici le festival des Ecrans Documentaires sera ainsi pour une large part consacré à ces vues du monde et à la rencontre avec certains de leurs auteurs. Ces rencontres avec les auteurs et la programmation de séances sont depuis le printemps dernier une manière de prolonger la dérive. Janvier sera l’occasion d’organiser avec le festival lyonnais des Inattendus et les Beaux-arts de Lyon un colloque autour de Jean-Claude Rousseau."

Damien Monnier
 
Des nuages aux fêlures de la terre
Philippe Côte
(2007 - 18' - Autoproduction)
« Monts noirs monts blancs en miroir
Puissance du gris nuances des commencements
Cîmes
Regards tendus corps de la lumière silhouettes furtives
Le bleu soudain l’étoile à la lucarne
On peut ouvrir grand les paupières. »
Catherine Bareau
 
Chroniques de quartier Romilly sur Seine, Champagne Ardenne
Céline Pierre et Laurent Plagnol
(2007 - 7' - Autoproduction)
De janvier à juillet 2007
Présence régulière dans un quartier en remaniement urbain
Destruction d’une barre et rencontre avec les habitants
 
Two thousand walls (a song for Jayyous)
Peter Snowdon
(2006 - 6' - Autoproduction - arabe et anglais)
La nuit. Une terrasse. Des voix d’enfants.
Des vers. Une ritournelle.
Durée en fragments, moment hors du temps.
Des figures-fantômes, qui peinent à exister, même ici, chez eux.
 
Il m’emmerde Bach…il m’…
Julien Chigot
(2002 - 4' - Autoproduction)
Une nuit d’enfance quelque part sur la peau d’un homme
 
Cinétract : Europa 2005 - 27 octobre
Jean-Marie Straub et Danièle Huillet
(2006 - 10' - Autoproduction - France)
À l’occasion du centenaire de la naissance de Roberto Rossellini, la RAI 3 passe commande à des cinéastes, parmi lesquels Jean-Marie Straub et Danièle Huillet. Il s’agit d’imaginer, après le dernier plan d’Europa 51, « un moment de la vie ou de la mort » du personnage interprété par Ingrid Bergman.
Pour répondre, Straub s’appuie sur un fait divers. Le 27 octobre 2005, à Clichy sous-Bois, trois jeunes garçons se réfugient dans un transformateur électrique pour éviter un contrôle de police. Deux d’entre eux, Zyed et Bouna, y moururent électrocutés.
Ce Cinétract se compose de cinq fois deux panoramiques, dont les prises de vue ont été effectuées par leur ami cinéaste Jean-Claude Rousseau qui les a également montées. Regardant les cinq propositions numérotées, Jean-Marie Straub et Danièle Huillet décidèrent de garder l’ensemble. Selon l’ordre de leurs tournages aux abords du transformateur électrique, les plans se succèdent.