| Rien ninterdira jamais lexercice de la pensée et lexpérience du sensible
Le microcosme hexagonal a pris la fâcheuse habitude de se gargariser dune exception culturelle auto satisfaite et aveugle. Ce consensus de façade ne peut masquer les innombrables fractures sociales et culturelles de notre société comme les divergences fondamentales dinterprétations éthiques et politiques quelles provoquent. La « crise de la culture » ne date pas de laccélération de la dérégulation libérale, tantôt sournoise, tantôt brutale, sans oublier dêtre cynique, favorisée par le blanc-seing dun certain « sursaut anti-fasciste » qui a ouvert une voie royale à ses partisans les plus actifs. La diversité des cultures, des créations, des expressions nest pas seulement menacée par la mercantilisation aussi forcenée que stratégiquement élaborée sur le modèle unique « du profit et rien dautre » mais aussi par une instrumentalisation politique constante bien éloignée dun « idéal démocratique et citoyen ». Ainsi écartelée entre la « valeur ajoutée », la dictature de laudience, les enjeux de pouvoir et le dénigrement systématique de la recherche, de la pensée, de la curiosité, de lexpérience singulière, la « culture » ne peut rester « commune » dans toutes ses diversités, modes dexpressions et dexpositions qu'en fonction dengagements et prises de risques. Cest ce qui est en cause et en crise majeure aujourdhui. Le soutien des Ecrans Documentaires au mouvement des artistes, créateurs, cinéastes, techniciens exerçant dans le cadre du statut de lintermittence ne peut donc être de principe. Au-delà dune solidarité de fait, ne serait-ce que pour partager sous dautres dénominations la même précarité, cest bien plus fondamentalement le maintien et le déploiement dune exigence culturelle et créative la plus largement partagée pour laquelle nous considérons que la mobilisation des intelligences et des engagements est requise de manière continue
Larchitecture du programme de lédition 2003 des Ecrans Documentaires est traversée plus ou moins directement par ces questions : de la soirée douverture avec La raison du plus fort de Patric Jean au parcours de résistance en production exercée par Slon-Iskra depuis 35 ans, comme par les questionnements posés par léducation et la « valeur travail ». Elle lest encore par les questions de représentation de laltérité, celles de la figure du « travailleur immigré » comme celles du « réfugié » dont il nous semblait important de revisiter les racines et fondements « différentialistes ». Mais comme pour nous le cinéma, quil soit documentaire ou non, nest ni prétexte à encyclopédisme, ni simple support alibi à débat, Les Ecrans Documentaires vous proposent une fois encore de prendre le temps dexplorer des parcours dauteurs : Robert Bober, Richard Dindo (en amorce dun focus plus développé en 2004), Yves de Peretti. Et à travers les trois sélections compétitives internationales, de découvrir des écritures, des sensibilités, des expériences cinématographiques qui ne renoncent pas à leur singularité pour sinscrire dans le flux de lindustrie de programmes. Merci de nous être fidèle.
Didier Husson, délégué général
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